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Je veux à partir de ce blog faire connaitre la richesse de nos paysages sauvages et envoutants et de tout ce qui fait que le Larzac reste pour beaucoup un pays dur mais sincère et attrayant.

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Causses et Cevennes:UNESCO ?

LE CLASSEMENT AJOURNE

 

Les Causses et les Cévennes n’ont pas obtenu le classement au Patrimoine mondial de l’humanité, mais ils sont au premier rang dans le cœur des habitants.

LILIANE DELWASSE,

 journaliste et écrivain



Quelle déception ! Dix ans d’efforts et de passion sont bien mal récompensés : l’Unesco vient d’ajourner l’inscription au Patrimoine mondial de l’humanité au titre de Paysage culturel évolutif vivant de la région des Causses et des Cévennes. Un territoire de 6 400 kilomètres carrés, situé sur les contreforts méridionaux du Massif central, englobant cinq départements, la Lozère, l’Aveyron, le Gard, l’Hérault, l’Ardèche, 235 communes, 230 000 habitants, 13 000 moutons, et intervenant sur trois régions : Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes. Quatre villes-portes délimitaient le périmètre du classement : Alès, Ganges, Mende et Millau. Le concept de paysage culturel vivant se fonde sur une cohérence et une interaction entre la nature, le patrimoine bâti, l’histoire des hommes et le mode de vie. Seules deux régions en France se sont vues auparavant décerner ce label rare et précieux : le Val de Loire et les coteaux de Saint-Émilion.


Trois familles de paysages étaient concernées par le dossier de demande de classement : les monts granitiques de l’Aigoual et du Lozère, recouverts d’une pelouse sèche générée par les troupeaux, qui les font ressembler à une steppe. Puis les Cévennes schisteuses, marquées par des cultures en terrasses de châtaigniers et de mûriers et les bois de chênes blancs. Enfin les Causses calcaires, austères et désertiques, striées de gorges profondes, telles les gorges du Tarn.
Un pays marqué par une histoire spécifique

Les épaisses forêts des Cévennes gardent fortement le souvenir cruel des guerres des camisards, les protestants réfugiés dans le désert à la suite de la révocation de l’édit de Nantes. Le musée du Protestantisme, à Mialet, retentit encore des cris de détresse des malheureux assassinés au cours des dragonnades. L’histoire des Templiers, cet ordre de moines-soldats, avait auparavant également laissé son empreinte sur la région, avec ses commanderies et ses villages fortifiés de Sainte-Eulalie-de-Cernon, de La Cavalerie et de La Couvertoirade, ainsi que l’abbaye romane de Saint-Guilhem-le-Désert. Les Templiers avaient investi le plateau du Larzac en revenant de Terre sainte. Après la dissolution de l’ordre, ce furent les chevaliers hospitaliers qui occupèrent ces forteresses.

Plus lointain encore surgit le souvenir de la Gaule romaine avec l’industrie de la céramique, à La Graufesenque, près de Millau. Dont on a retrouvé des restes de vaisselle à Pompéi. Au premier siècle, des millions de pièces de céramiques avaient été exportées dans tout l’Empire romain, jusqu’aux confins de l’Inde.

Ces paysages sublimes et farouches balayés par le vent, parsemés de pitons rocheux aux formes étranges et mystérieuses, sont aussi le dernier témoignage du pastoralisme et d’un monde rural fragile et menacé. Les lavognes, sortes de bassins ronds creusés par l’homme où s’abreuvent les troupeaux, les drailles, sentiers privilégiés de la transhumance, les délicats murets en pierre qui partagent les vastes étendues d’herbe maigre et rase et ne ferment les champs que pour les moutons, les ouvrant grand au visiteur, les merveilleuses maisons de pierre sèche recouvertes de lauze, qui tiennent toutes seules sans mortier ni ciment d’aucune sorte, les chapelles en ruine issues du fond des temps où seul un berger vient rêver sa vie… tout cet univers de vérité et d’éternité a su résister à l’urbanisation, à l’industrialisation, à l’uniformisation. A su protéger ce patrimoine déserté pendant longtemps, mais qui a préféré garder son âme que perdre ses repères.


Qu’aurait apporté le classement ?

Cette reconnaissance au niveau mondial aurait généré des retombées touristiques. Américains, Japonais, Australiens sont particulièrement sensibles au label Unesco, porté sur leurs guides de voyage. « Dans les années qui suivent une inscription, on observe une progression de 30 à 40 % de visiteurs », escomptait un élu. L’effet conjugué du viaduc de Millau, qui enregistre son quatre-millionième automobiliste, et du classement aurait doublé la notoriété du territoire. Avec le risque, par un afflux mal maîtrisé de touristes, de saccager un des derniers lieux protégés de l’Hexagone. Un risque qui n’effrayait personne ici : la vigilance des habitants et leur conscience patrimoniale sont exemplaires. Le dossier avait déjà été écarté en 2002 à cause d’un projet d’éoliennes. « Avec deux à cinq habitants au kilomètre carré, on a de la place pour quelques touristes sans déranger les moutons », plaisante un berger. Agrégé de géographie, il est revenu vivre au pays après quelques années en ville. Dans le silence du soir qui tombe sur le Causse, il déplore : « On est navré pour nos paysans si attachés à cette terre difficile, ils méritaient cette reconnaissance du monde entier. »

Aucune amertume pourtant chez les acteurs du dossier, des regrets sûrement, mais une consolation de taille : avoir travaillé ensemble durant tant d’années a créé une dynamique qui se poursuivra. Certaines communes se repeuplent, comme Hures-la-Parade, en Lozère, qui, de 160 habitants en 1970, est repassée à 220 et dont l’école est fière de ses quarante élèves répartis en trois classes. Ou comme Hauterive, enfouie au fond des gorges du Tarn, où l’on n’accède que par barque en traversant le Tarn après avoir descendu un raidillon. Le hameau s’était complètement dépeuplé au cours des années 1960 et 1970. Les treize habitations en ruine ont été restaurées, on y organise des stages de formation à la construction en pierre sèche. Et on y compte jusqu’à dix habitants en été… depuis qu’on y a amené l’électricité, voici trois ans.

Gauche et droite réunies, sans aucune arrière-pensée, aucun ostracisme, les élus ont appris la solidarité, la complicité. Le projet a soudé les habitants de la région, mus par le désir d’avancer, de réussir, de faire vivre leur terre bien-aimée, de protéger ses atouts, son mode de vie, ses paysages. Dans leur cœur, il est déjà classé. Au premier rang. Ils se sont juré de représenter leur candidature, l’an prochain.











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