Nous étions allés en vacances dans les Alpes avec ma femme et ma fille qui n’avait qu’un an. Ce n’était pas pour moi, une vraie joie que de partir sinon le plaisir de se retrouver en famille. L’oisiveté ne me convenait pas vraiment et je subissais un peu ces périodes. Cette première année pourtant, m’avait permis de faire connaissance avec l’apiculture de montagne. Au cours de nos promenades nous avons pu souvent rencontrer ruches et ruchers et chaque fois nous avions essayé de nous y approcher voir même de rencontrer l’Apiculteur. De nombreuses photos, gardées au fond d’un tiroir témoignent encore de cette période.
Au retour, ce n’était déjà plus la reprise de mon travail au laboratoire qui me préoccupait mais surtout de retrouver ma ruche. Ce que je fis le dimanche qui suivit. Nous étions vers le 15 août, le temps était encore chaud et j’avais décidé d’aller m’occuper de mes abeilles. Il me fallait laisser la voiture assez loin et prendre un chemin, puis traverser une friche pour l’atteindre. L’herbe avait poussé depuis et malgré les bottes que j’avais chaussé, j’avançais lentement. Les gens du pays craignaient la présence de vipères car chaque année, moutons et chiens en étaient victimes, certains en avaient vu autour de leur maison. Ces reptiles que je ne voyais pas mais qui pouvaient surgir d’un instant à l’autre me faisaient vivre un vrai cauchemar.
J’atteignis enfin mes abeilles et l’herbe encore qui avait poussé, rendait difficile leur va et vient. D’un geste ferme de la main, j’enleva une poignée d’herbe pour leur permettre un meilleur accès. Elles ne comprirent pourtant pas mon intention car immédiatement une foule de gardiennes envahirent la planche d’envol. J’eus à peine le temps de m’éloigner pour éviter de me faire piquer ; alors je m’équipai d’une combinaison blanche, d’un voile de protection du visage et de gants. J’allumai mon enfumoir avec de la paille et muni d’un lève cadre, je m’approchai à nouveau de la ruche. Cette fois, je ne pouvais plus reculer et mes mains, tout mon corps tremblaient d’émotion.
On ne peut jamais à l’avance prévoir la réaction d’une ruche, sa douceur ou son agressivité. Elles réagissent comme des êtres vivants avec leur différence et elle se rappela le geste rapide que j’avais exercé quelques minutes plutôt. Je dus enfumer abondamment devant l’entrée pour les faire entrer. L’enfumoir est le seul outil qu’aucun apiculteur ne puisse négliger pour intervenir auprès des Abeilles. La fumée les prévient et évite une réaction de sauvegarde qui se traduit par une attitude défensive qui peut nous être fatale. J’enlevai le toit de la ruche qui lui servait de protection, puis le couvre-cadres et je pus découvrir une hausse pleine de miel et d’une cire blanche. L’odeur aromatique dégagée était enivrante, exaltée par la chaleur intérieure accumulée. Il me restait plus qu’à dégager ces cadres qu’elles avaient fermés avec un opercule de cire imprégnée d’acide formique qu’elles savent trouver dans la nature pour une meilleure conservation du Miel.

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